Ca n’arrive qu’à moi ce genre de truc.
Je file me reposer dans un endroit désert, au milieu de presque nulle part pour 5 jours, dans une maison communautaire en Normandie où, par miracle, je suis la seule pour mon séjour dans le silence, pour faire ma cure de sommeil réparateur… et voilà que le vendredi, je suis réveillée par des coups de massue dans le mur au rdc, alors que je dors dans une chambre au 2e étage de la maison, sous les toits.
Bon ok, il est tout de même 10h30 du matin, largement l’heure de se lever, mais, j’en suis au 3e jour de repos, et le premier jour, mercredi, j’ai tout de même réussi l’exploit de dormir 17h sur 24 (ça devait faire au moins 30 ans que ça ne m’était pas arrivé).
Jeudi, rebelotte, j’ai dormi 12h, en faisant le tour du cadran.
Donc vendredi, réveillée à 10h30, je n’avais pas à me plaindre.
Je descends, et en me rendant à la petite cuisine communautaire, je tombe sur un poseur de fenêtres qui change la fenêtre de l’arrière cuisine. Tout surpris de me voir débarquer, alors qu’il pensait la maison vide.
Raté pour le silence, je me vois bien obligée de parler, déjà pour dire bonjour (ben oui, je suis polie moi)…
Evidement, je déjeune tranquille, en lisant mon bouquin à table (ouh la, c’est impoli, mais je suis seule alors tant pis !), puis avant de remonter me doucher, je regarde le mec travailler parce que voir déposer une fenêtre totalement, ça m’intéresse. Pourquoi ? parce que juste pour Noël, je fais changer des fenêtres chez moi, dans ma petite maison. Donc évidement, moi qui bricole, j’observe et je pose des questions, en grande bavarde curieuse que je suis. Et lui, tout content de parler à quelqu’un il me donne des infos.
Il doit avoir la trentaine, sympa, petit gabarit, brun aux yeux clairs, souriant, marrant. Puis je le laisse bosser, je file faire un tour sur la plage, au grand air, car il fait beau dehors, et je veux m’aérer un peu après 2 jours enfermée.
Je rentre en début d’après midi, et je retourne à la cuisine me préparer un petit repas. Il est 14h, et il revient pour continuer son boulot. On papote, et bien évidement, j’en dis encore trop, comme toujours, sur ma situation de célibataire bricoleuse qui rénove sa maison elle-même. Impressionné le type ! Et pourtant, ça n’a rien d’extra ordinaire.
« Ah ben si j’avais su, je vous aurais invitée à déjeuner avec moi ce midi, ça aurait pu être sympa de discuter ensemble » dit-il, puis il ajoute qu’il fait aussi des chantiers sur Nantes et le 44, vu qu’il a remarqué que la Volvo immatriculée 44 était donc la mienne, devant le bâtiment. Le pire c’est que lui aussi est célibataire dites donc… Quelle coïncidence, hein ?
Pourtant, quand je me regarde dans le miroir, en jean usé, vieux pull, vieilles pompes, et bien évidement, pas coiffée ni maquillée, j’ai du mal à croire qu’un type ait envie de m’inviter à manger avec lui dans mon état. Surtout que je suis toute bouffie d’avoir dormi autant, bref, une épave en quelque sorte. Suis pas venue ici pour voir du monde, je suis venue faire une retraite dans le silence, pour ne voir personne, donc pas trop besoin de faire des efforts, je ne suis qu’avec moi et le chat de la maison, qui lui, se fiche royalement de mon allure tant que je lui fais ses caresses et daigne lui donner un peu de viande.
Parler bricolage et rénovation, c’est sympa. Il s’étonne que j’aime ça étant « une femme » et quand j’avoue que le parquet, le carrelage, la peinture, le papier peint, et l’électricité n’ont aucun secret pour moi ou presque, il s’exclame :
« mais vous êtes une femme parfaite alors ! »
Ah ah ah…
« Pas vraiment, non j’ai plein de défauts, rassurez-vous, et je suis bien incapable de cuisiner ou de repasser par exemple…»
Bon l’air de rien, finalement, ça fait tout de même plaisir d’entendre ça, non ? Ca me rassure quelque part, sur non seulement ma capacité de séduction, même en l’état d’épave où je suis, et sur ma capacité à susciter de l’intérêt chez un homme. Un sacré plaisir narcissique, tout de même, mon égo est tout émoustillé…
Au final, je le laisse finir de bosser, prétextant un tour à faire dehors, alors qu’il me dit que si je veux, je peux revenir avant 17h, heure à laquelle il aura terminé sa pose de fenêtre, et qu’on peut éventuellement aller prendre un verre pour discuter bricolage. Merci, mais je ne suis pas venue draguer ;-)
Enfin, cela dit, je ne suis pas encore à foutre à la benne, et ça, c’est un vrai plaisir...
Vivement le Printemps!
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