Si vous aimez...

Mardi 4 juillet 2006 2 04 /07 /Juil /2006 23:17

C’est étrange cette faune qui existe dans les gares, comme si chaque gare avait la sienne, propre et pourtant si unique.

 

Il y a des voyageurs, bien évidement.

En famille, en couple, mais la plupart du temps seuls. De l’homme d’affaires, en costard cravate et attaché case, qui prend son train pour rejoindre un séminaire, à la jeune fille qui rejoint ses grand parents pour les vacances. De la jeune maman et son bébé qui se rendent chez les beaux parents à l’avance et qui seront rejointes plus tard par papa. Et aussi la grand mere qui rentre de sa cure à Ax les Thermes et demandera de l’aide pour sa valise au premier jeune homme qui passe, sous prétexte de son grand age.


Les gares sont un lieu de passage, de rencontres, où se croisent des gens de divers milieux sociaux, qui viennent de partout et de nulle part, qui ont pour seul point commun d’utiliser un mode de transport identique.

 

En plus des voyageurs, il y a ceux sans qui la gare n’en serait pas une.

Les contrôleurs et agents des quais, avec chapeaux ou casquettes, et dont l’uniforme bleu est repérable de loin.

Les agents de police qui font leur ronde en parlant, à l’occasion un ou deux militaires en treillis qui font un tour (sont-ils en mission ou partent-il en perm?), les balayeurs et agents d’entretien, ou encore les garçons de café qui sont là pour rafraîchir les touristes assoiffés et passent leurs journées à voir ce défilé incessant de gens de passage.

 

Mais en dehors des voyageurs, et de ceux qui font presque « partie des meubles », on trouve dans les gares tellement d’autres choses que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

 

De jeunes ados en groupe de deux ou trois, principalement des garçons, qui semblent paumés, et qui sont là, à regarder les autres vivre, entrer, sortir de la gare, courir prendre un train, descendre d’un autre, qui observent ceux qui semblent revenir d’ailleurs.

 

Des globe-trotters qui sont là, leur sac à dos semblant transporter toute leur vie, des dreadlocks d’une longueur impressionnante sur la tête, et une allure nonchalante, comme si rien ne pouvait venir les stresser dans leur périple. Ils ne semblent avoir pour attache qu’une corde usée au bout de laquelle on trouve bien souvent un ou deux compagnons à quatre pattes, genre bâtard dérivé d’un chien de berger.

 

D’autres qui leur ressemblent mais qui ne semblent pas arriver, et encore moins partir quelque part. Ils sont assis dans un coin, ou au détour d’un couloir, et semblent davantage squatter, et passer le temps que véritablement se préparer à partir en voyage. Leur seule évasion, elle est dans la fumée du pétard qu’ils ont sur les lèvres, et leur journée passe, tranquille, au rythme des trains qui arrivent et repartent, du balai incessant des gens qui semblent revenir d’ailleurs et qui retrouvent à qui un membre de sa famille, à qui un parent, ou encore un amant.

 

A l’occasion, on peut y croiser le SDF de la ville, sale, mal rasé, habillé de guenilles, avec pour seul bagage un vieux sac en plastique plein de tous ses trésors. Mais la plupart du temps, il restera dehors, sur un banc, à boire sa bouteille ou à regarder dans le vide.

 

Il y a aussi des gens qui semblent être éternellement de passage, qui errent et se permettent à l’occasion de demander une pièce à celui ou celle qui s’installe à la table d’un café. Rien à leur reprocher, on les prendrait presque pour des touristes en transit, mais leur accent de l’Est trahit bien leur origine et leur but. Ce sont les mendiants du 21e siècle, qui n’ont rien des SDF classiques et qui ont pour seule activité la mendicité. Demander une pièce au voyageur qui, ayant le cœur léger, sera davantage disposé à donner.

 

Je me suis toujours demandée comment tout ce petit monde pouvait bien se côtoyer sans même se voir, sans pratiquement échanger ne serait-ce qu’un mot. Me poser en observateur de tout ce petit monde organisé, et ne faire que regarder, observer. Que pourrait-on tirer de ces observations ? Imaginons que l’on se passe le film d’une journée dans une gare, comme à la place d’une simple caméra de surveillance, jour après jour, y trouverait-on matière à raconter des histoires intéressantes ? Je ne saurais dire.

 

 

Par Whereistheone, alias Marjorie - Publié dans : au fil des jours / as days go by
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