Si vous aimez...

Mercredi 8 novembre 2006 3 08 /11 /Nov /2006 21:50

Parfois quand je m’autorise à réfléchir sur ce qui me différencie des autres, dits « normaux », je ne vois pas grand-chose en dehors de mon emploi du temps.

Certaines personnes ont des vies qui me semblent d’une grande simplicité.

 

Par exemple, quand je regarde la vie bien rangée de la petite dame derrière son guichet à la poste. Elle est gentille, dynamique, marrante, toujours un mot agréable pour moi, ou pour les autres clients de la poste du village.

Elle connaît tout le monde Christine. Parce que cela fait des années qu’elle fait le même boulot, qu’elle voit les mêmes personnes, qu’elle fait partie du village. Christine doit avoir la quarantaine à peine passée, elle est toujours très classe, très féminine, elle a du goût, ça se voit, et puis elle est le genre de personne avenante, à qui l’on peut demander conseil pour plein de choses.

Elle m’a vite remarquée quand j’ai emménagé dans le village, pas seulement parce que j’ai acheté la maison à 50 mètres de la poste en bas de la colline, mais aussi parce que je suis venue lui parler de mon entreprise qui emménageait bien évidement avec moi. Il a fallu que je lui décrive tous les services, les paquets internationaux que j’utilise régulièrement, et aussi les types d’enveloppes internationales que j’utilise afin qu’elle se constitue un stock, car bien évidement, dans un village d’à peine plus de 3000 habitants, des colis internationaux, c’est plutôt rare d’en écouler autant.

Je la croise presque tous les matins quand je promène Roxane, elle se rend au bureau de Poste, avant l’heure, en employée consciencieuse, souriante, alerte. Elle habite à deux rues de chez moi, un joli pavillon récent et moderne, avec de jolis rideaux, un intérieur que l’on devine superbe au travers de voilages colorés, un jardin irréprochable, bref, le pavillon va bien avec la propriétaire, c’est classique et classe. Et moi, en promenant Roxane, je me dis qu’elle doit faire ce boulot depuis près de vingt ans peut-être, et que dans dix ans, 15 ans même, elle sera toujours là, fidèle au poste, à aller travailler à pieds tous les matins parce qu’elle n’a que 200 mètres à parcourir et que marcher c’est bon pour la santé.

 

Ce genre de vie me semble à la fois précis et monotone, rassurant de banalité, apaisant de simplicité et tout à la fois chiant et agréable. Pourquoi suis-je incapable de vivre ainsi ? Pourquoi ai-je toujours eu la bougeotte ? Etrange, moi qui n’aspire qu’à la simplicité finalement. Mais le train-train m’ennuie rapidement. Travailler de 8h à 16h chaque jour, faire les mêmes choses aux mêmes heures, tous les jours, toutes les semaines, mois après mois et année après année, je me demande comment on tient…

Pourtant, les gens comme Christine, ils sont heureux, parce qu’ils n’ont pas connu autre chose. Parce que pour eux, la vie, c’est aller travailler, faire les mêmes choses chaque jour, voir les mêmes gens au guichet, tamponner des courriers, faire partir des plis, bref, tout ça jusqu’à 16h 30 tous les jours. Ensuite, Christine rentre chez elle, à pieds comme elle est arrivée. La journée de travail est finie, et elle a tout son temps pour s’occuper de sa maison, faire ses courses, préparer le repas, etc… Une vie banale en somme. Mais une vie simple, qui lui convient.

 

Et il y a Thierry aussi, l’épicier. Il est là tous les matins, à ouvrir son épicerie de quartier, à la même heure. Thierry, il est jeune, à peine plus de trente ans, sympa, souriant, cool. Il est tranquille. Tout le village le connaît et lui connaît tout le monde. C’est le « petit jeune » comme disent les gens du village. Parce que bien sûr, la moyenne d’age dans mon village est assez élevée, alors Thierry, c’est le petit jeune qui tient l’épicerie.

Bien souvent il est assis derrière sa caisse à bouquiner, parce que l’épicerie n’est pas un supermarché, et Thierry s’occupe dans la journée. Son épicerie est très bien rangée, tout est nickel, bref, il lit pour passer le temps, en attendant le client. Il a fait plein de choses dans son épicerie depuis qu’il l’a reprise, Thierry, et il propose même des livraisons à domicile avec sa mobylette repeinte et son cageot sur le porte bagage. Depuis que la boucherie a fermé, il propose même des commandes de viande avec livraison d’un jour sur l’autre. Il connaît tout le monde et la vie de chacun, Thierry. Alors quand j’ai eu besoin d’un jardinier pour couper mon herbe, c’est à lui que j’ai demandé et en moins de deux heures, j’ai vu arriver un jeune homme chez moi, avec tondeuse, taille-haie, et tout l’attirail du parfait jardinier.

Thierry a donc lui aussi une vie calme, tranquille, qui s’écoule au fil des  heures, et est rythmée par les heures d’ouverture et de fermeture de sa petite boutique, juste en face de la Mairie et près de la Poste. Thierry est marié, du moins c’est ce que m’ont dit les voisins, et il est dans le village depuis deux ans, ce qui a ravit toute la population qui pensait que l’épicerie allait fermer pour de bon quand l’ancien propriétaire a pris sa retraite. Mais Thierry est arrivé au bon moment, et tout le monde est ravi d’avoir un petit magasin de proximité pour se dépanner.

Lui aussi habite tout près, la rue juste à coté de l’épicerie, à moins de 100 mètres de son magasin finalement. Il vient en mobylette, c’est sa marque de fabrique avec le cageot, et il la gare devant la vitrine, pour bien que l’on voit qu’il livre à domicile, c’est écrit dessus, à la main, pour faire plus authentique. Thierry fait donc lui aussi partie du village, et il a une petite vie tranquille bien rythmée, au fil des jours.

 

Ce sont deux exemples mais deux exemples qui me parlent, parce que je n’ai jamais eu de vie simple, du moins en apparence. Jamais je n’ai eu de boulot rythmé, de vie aussi simple finalement.

 

Et parfois j’envie ces gens que je vois vivre comme ça, avec une régularité incroyable, une constance qui me parait bien improbable si je devais faire de même.

 

Et comme je pense que parfois les bonheurs sont ce qu’il y a de plus simple, je me dis que peut-être ce sont eux qui sont dans le vrai, à se contenter de ce qu’il y a de plus simple, de plus banal finalement, sans chercher ailleurs inlassablement, en sachant se contenter de ce qu’ils ont.

 

Par Whereistheone, alias Marjorie - Publié dans : au fil des jours / as days go by
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